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Hit and Run

HIT AND RUN

Cette expression anglaise désigne le délit de fuite d’automobilistes et décrit parfaitement mon expérience avec un prospect.

En bref, un prospect, que j’appellerai Camille, me demande un devis pour traduire de nouvelles pages de son site web. Au téléphone, sa méfiance et son inquiétude sont perceptibles. La conversation vire à l’interrogatoire. Sur un sujet comme la confiance et la qualité en traduction, il est difficile d’apporter des faits rassurants d’un claquement de doigts.

Peu à peu, je comprends que Camille cache mal son dépit d’avoir vu sa confiance trahie. Camille a confié la traduction de son site web il y a quelques mois à un traducteur qui lui semblait fiable. Le courant est bien passé, la traduction a été livrée dans les temps, mais à la relecture interne Camille a noté plusieurs incohérences terminologiques, des paragraphes manquants et divers problèmes. Dans un esprit de dialogue, Camille demande au traducteur de revoir sa traduction. Pas de réponse, relance, relances. Zéro retour. Le traducteur fait le mort. Camille consacre plusieurs heures à parfaire personnellement la traduction livrée, et en garde surtout une frustration compréhensible. Flagrant délit de HIT AND RUN!

hit and run

Délit de fuite

Et après…

Le constat est posé, mais je dois mettre les bouchées doubles pour rassurer Camille. Nous nous interrogeons donc ensemble sur les actions préventives à même de restaurer sa confiance dans la profession. Nous en arrivons à la conclusion, d’une part, que les prestataires doivent montrer patte blanche et, d’autre part, qu’il faut co-définir le cahier des charges de la mission.

Démontrer sa crédibilité

La profession n’étant pas réglementée, quels gages de qualité apporter à une personne qui ne connaît pas la profession ? Un CV, bien sûr, permet de montrer sa formation initiale et continue, ses domaines de spécialisation illustrés d’exemples précis et de références. L’appartenance à un syndicat ou à une organisation professionnelle ajoute à la crédibilité. Adhérer à un code de déontologie, voire s’impliquer pour la profession contribue à légitimer son travail. Le titre d’expert devant les tribunaux est un autre atout. Les années d’ancienneté en exercice libéral témoignent qu’à tout le moins on a trouvé sa clientèle.

Le rappel des conditions d’exercice vers sa langue maternelle et les raisons qui sous-tendent cette règle éthique joue toujours un rôle primordial, car la plupart des personnes qui « achètent » des traductions n’en ont pas conscience. Proposer une révision par une deuxième paire d’yeux abonde dans le même sens. Enfin, je ne peux que constater qu’une visibilité en ligne, la présence assidue sur les réseaux sociaux et la mise en relation virtuelle avec le prospect renforce la confiance mutuelle. Alors, pourquoi s’en priver ?

La confiance étant (r) établie, considérons que les règles de base du métier (cohérence terminologique, intégrité de la traduction, révision et relecture) seront respectées. Il reste aux deux parties à bien se comprendre sur la tâche à accomplir. Sans accabler Camille, nous entamons donc le processus de définition du cahier des charges qui répondra à ses attentes.

Co-définir le cahier des charges

Qu’est-ce qui doit être traduit ?
Le volume de texte à traduire d’un site web peut sembler circonscrit, et pourtant… Les pages XYZ à traduire contiennent des liens vers d’autres pages, qui, elles ne seront pas nécessairement traduites. Il peut être judicieux de conserver ces liens dans la langue source. Idem, pour les aperçus d’encarts interrompus par un signe de suite au bout de trois lignes. On l’aura compris, mieux vaut copier exhaustivement le texte qui doit être traduit. Quelques questions précises génèrent une réflexion fructueuse.

À quoi correspond la date de livraison prévue ?
S’agit-il de la date à laquelle le document final doit être prêt pour sa publication en ligne ou celle de la première livraison après laquelle il est raisonnable de prévoir quelques allers-retours (ne serait-ce que pour adapter les derniers fruits de la réflexion) ?

Existe-t-il une terminologie maison ?
Peut-on en discuter, apporter des propositions ?

Quid du tarif ?
La négociation du tarif n’est pas propre aux prospects échaudés, mais mon expérience m’a appris que les questions qui amènent à co-construire le cahier des charges lèvent le voile sur la complexité de la mission. Après cette prise de conscience, un devis à rémunération décente ne pose plus véritablement problème.

En conclusion, le dialogue préparatoire est chronophage, mais pérennise la relation dans un intérêt mutuel. Cette co-construction s’inscrit dans la démarche de valorisation de notre métier et participe de la caractérisation de la traduction humaine, par opposition aux traductions automatiques.

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