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Point de crispation sur la rédaction non sexiste

Une grosse trouille

La lecture des médias et des réactions passionnées sur la rédaction non sexiste qui inondent le web depuis deux mois me fait penser au principe d’Archimède. Souvenez-vous : « Tout corps plongé dans un liquide subit de sa part une poussée égale au volume déplacé. » Remis au goût du jour :

« On mesure la valeur d’une idée nouvelle à la puissance de l’opposition qu’elle suscite. »

Un point de crispation autour de la rédaction non sexiste

L’opposition à la rédaction non sexiste se focalise sur une seule des règles alternatives au masculin générique, réduisant toute la démarche à l’un de ses outils. Mais pourquoi, si ce n’est par pure et massive trouille ? En effet, ajouter un ·e au bout d’un masculin, n’est qu’une des règles visant à donner de la visibilité des femmes à l’écrit. Elle n’est même pas ma préférée, car elle n’assure pas l’égalité, le masculin restant entier et le féminin se réduisant à un signe typographique et un ‘e’  (souvent muet). Mais j’ai quand même envie de la défendre.

On lui reproche de ne pas être prononçable à haute voix… Ah bon, vous êtes surs ?! Il me semble à moi que « mécanicien-ne » se prononce tout à fait bien à haute voix. Serait-ce parce que le mot se prononcerait au féminin que cela gêne ?!

Pour rappel, il existe tant d’autres règles alternatives en dehors de tous les outils typographiques… le doublet, la globalisation, l’alternance, la fonction et les termes épicènes, si pratiques puisqu’ils ne changent pas de forme au féminin et au masculin, comme pilote, linguiste, adepte, sacrilège. La difficulté consiste à les connaître et à penser à eux au moment de rédiger. Un groupe de travail est en cours de constitution pour proposer un outil qui devrait vous faciliter la vie… Surprise pour 2018 !

Et pour rester dans l’actualité récente, que penser de l’intervention de cette députée du Doubs qui demandait le 29 novembre à l’Assemblée nationale de légiférer pour donner un statut juridique à la langue française. Elle craint en effet que des idéologues (entendre les féministes) ou des politiques (entendre Édouard Philippe) ne s’en emparent. Mais madame Genevard (ou faut-il vous appeler monsieur le député Genevard ?) les politiques idéologues de la domination masculine se sont emparés de la langue française il y a 382 ans ! Quand Louis XIII demande à son ministre Richelieu de créer l’Académie française pour modifier la règle de proximité* en vigueur à l’époque, que croyez-vous qu’il fît ? Si ce n’est s’emparer de la langue, outil de pouvoir, pour la soumettre à son idéologie politique ?

À l’aube de l’année 2018, il est temps de jeter aux oubliettes l’argument avancé par ces grands hommes, à savoir que l’on accorde un groupe mixte au masculin au titre que le genre mâle est plus noble que le genre femelle.

*La règle de proximité permettait d’écrire que « les hommes et les femmes sont belles », ou comme Racine l’appliquait encore dans Iphigénie en 1674 : «  Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête ». Lorsque la phrase contenait plusieurs substantifs, le verbe et surtout l’adjectif s’accordaient avec le substantif le plus proche. 

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